29/08/2013

SADNESS

Durant les deux semaines que nous avons passé à Royan, je m'étais promis d'aller voir ce qu'était devenu le lieu qui a baigné mon enfance et mon adolescence. Ayant appris qu'il allait finalement être détruit à la fin de l'année après moult tractations et autres plans sur la comète tous avortés dans l’œuf. Je me décide donc à braver les interdits annoncés en façade. Passant devant le plateau qui était le terrain de sport et descendant la rampe je découvre ce paysage de fin du monde.

 

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La cour est envahie de plantes masquant le préau, le sol est remué, labouré comme s'il avait eu un tremblement de terre. J'en ai fait des dérapages plus ou moins contrôlés, des zigzags entre les poteaux, des courses poursuites entre les préfa, des acrobaties sans les mains, sans les jambes, sans les dents, mon vélo bleu c'était ma moto de cross, le carton dans les rayons avec la pince à linge et du cambouis sur la jambe droite de mon pantalon. J'y étais, tous ces souvenirs revenaient à toute berzingue... Je devais rentrer dans le bâtiment. Squatté à un moment, il a été vidé de ses occupants indélicats et mis sous surveillance, les issues ayant été fermées. Cependant, la vitre cassée d'une porte m'invite à l'état des lieux. Tout n'est que désolation, fragments de meubles et matelas jonchent le sol, tout est lugubre et sale, le contraire de ce que c'était quand il vivait. Il est bel et bien mort le LEP, le Lycée Pierre et Marie Curie anciennement le CET, d'ici quelques mois ce ne sera que tas de gravats.

Je monte à l'étage, enjambant les débris, puis me trouve face à l'entrée de l'infirmerie béante, fenêtre ouverte, la mer (l'océan) en fond, on avait une belle vue...

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je rentre dans l'appartement dont la disposition n'a guère changée, j'ai du mal à respirer, à déglutir, une boule comme celle qui va détruire le bahut est coincée dans ma gorge. Il n'y a plus le papier peint de ma chambre, un papier peint très pop, je voulais en récupérer un morceau comme pour ramener un petit peu de ma jeunesse mais non, je resterais vieux.

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Les larmes montent, je sors, empruntant ce couloir dans lequel je faisais du skate puis descend alors à la cuisine, comme je le faisais pour aller voir mon père. Même constat, on dirait presque qu'on s'est acharné à ne rien laisser intact. Pourtant je les revois tous, les collègues de Papa qui sont finalement tous des amis, plaisantant, s'affairant devant la friteuse pour faire les meilleures chips que j'ai mangé, abaissant la pâte sucrée sur le marbre pour ce qui allait devenir de sublimes flans, remplissant les pichets d'eau et de poudre qui donnait un goût d'agrumes...

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Dernier coup d’œil sur un placard, le placard, celui qui contenait les ménéliks. Il en a vu ce placard de mes sourires radieux aux dents manquantes quand mon père me donnait  le biscuit au nougat enrobé de chocolat noir qu'il sortait d'un gros paquet triangulaire en papier glacé. Voilà, j'ai vu ce que voulais voir ou ne pas voir... 18 ans dans ces murs, j'en ai gros sur la patate, tant d'histoires, de bons moments, de personnes que j'aime toujours autant même si toutes ne sont plus là....

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Adieu Curie!

23:47 Écrit par Le chauffeur est, de loin, la partie la plus dangereuse de l'automobile. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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